41
- Brevets : innovation, stratégie de l'entreprise
La Propriété Industrielle
constitue un élément essentiel de la stratégie et
de la politique industrielle des entreprises. Quels en sont les éléments
principaux ?
La
décision de BREVETER une invention ou de la garder SECRÈTE
(si l'on est capable de garder le secret..), (option : BREVET / SECRET).
Si l'on brevette, l'invention sera connue de tous, mais elle sera protégée
par le brevet. Si l'on s'abstient : aucune autre protection que le secret.
C'est risqué.
La
manière de protéger son SAVOIR-FAIRE, (brevetable ou non)
; la sûreté industriellepeut être
une question de vie ou de mort de l'entreprise. Pas de paranoïa,
mais des mesures sérieuses et efficaces. L'enveloppe Soleau reste
un gadget utile. On peut en abuser sans risque, mais il n'y a pas de miracle.
Le
choix des PAYS ÉTRANGERS dans lesquels les brevets seront (ou non)
étendus ; prudence, attention aux lois des différents pays
et à la hausse vertigineuse des annuités dans certains pays
au bout de x années).
La
RÉVISION PÉRIODIQUE (annuelle, en général)
du portefeuille de brevets ; maintiens en vigueur ou abandons. Décisions
difficiles : à partir de quel moment faut-il abandonner un brevet
qui ne rapportera probablement rien.. On dit souvent : sept ou huit ans,
guère plus, sauf si c'est pour empoisonner un concurrent..
Le
CHOIX entre : EFFECTUER une RECHERCHE ou PRENDRE LICENCE d'un brevet tiers
; il n'est pas toujours avantageux de réinventer ce que savent
déjà les concurrents.
La
décision de faire OPPOSITION aux brevets de ses concurrents, (quitte
à subir des "représailles") ;
pas de cadeau, mais je ne fais pas opposition si tu me donne une licence
à bas prix (gratuite ? : pourquoi pas?).
La
décision d'ACCORDER (ou NON) des LICENCES sur ses propres brevets
; il n'est jamais bon de détenir 100% d'un marché, mieux
faut laisser des miettes aux concurrents, et puis, il y a les lois sur
les pratiques anticoncurrentielles et les abus de positions dominantes.
Et si on s'associait ?
La
décision de FAIRE (ou NON) de l'ASSISTANCE TECHNIQUE, toutes ces
décisions relèvent des CHOIX STRATÉGIQUES décisifs
pour le développement et la survie d'une entreprise.
En fonction de ces choix, une entreprise
doit se constituer un portefeuille de brevets (et, le cas échéant,
d'autres droits de propriété intellectuelle en général)
correspondant à ces options :
brevet
OFFENSIF : c'est l'arme des conquérants: un brevet solide, capable
de résister à des oppositions, à des actions en nullité,
et sur la base duquel on pourra poursuivre un concurrent en contrefaçon.
brevet
DÉFENSIF : il assure la "paix chez soi" : à l'abri de ce
brevet, on peut fabriquer, vendre, sans crainte de se trouver gêné
par des brevets concurrents, après avoir bien vérifié
sa liberté d'exploitation.
brevet
de BARRAGE : il vise à barrer l'accès d'une technique, et
l'accès à un point de passage obligé pour la mise
en oeuvre d'un procédé.
brevet(s)
de DISSUASION : brevets de faible valeur individuelle, mais capables de
dissuader un concurrent de pénétrer sur un "terrain miné".
Quelle
stratégie ?
On peut distinguer quatre
types de stratégies, appuyées sur les différents
droits de propriété industrielle, surtout sur les brevets,
ces quatre stratégies pouvant coexister dans une même entreprise
fabricant des produits de natures très variées : produits
bruts, produits demi-finis, produits finis ou produits intermédiaires
et consommables. Exemple dans le groupe PECHINEY : (Pardon : ALCAN, il
va falloir s'y habituer...) de la cuve d'électrolyse produisant
de l'aluminium jusqu'à la casserole ou au tube dentifrice, en passant
par les tôles fortes pour l'aéronautique.
Stratégie offensive : elle vise la conquête des marché,
par augmentation des parts ou par gain de nouveaux marchés ; on
pourrait parler de "stratégie d'expansion" ou "de croissance" car
elle doit normalement assurer l'expansion de l'entreprise.
Stratégie défensive : elle vise le maintien et surtout la
défense vigoureuse des positions acquises ; elle implique que l'on
puisse réagir contre toute action offensive des concurrents. Ce
n'est pas nécessairement une stratégie de repli dans la
mesure où elle ne concerne que certains secteurs de l'entreprise.
Stratégie de "mise à niveau" : si l'on n'est pas en mesure
de développer soi-même de nouveaux produits ou de nouveaux
procédés dans un laps de temps raisonnable, on cherche à
se mettre au niveau des concurrents par achats de brevets, de licences,
de savoir-faire.
Stratégie de blocage : on cherche à susciter le maximum
de difficultés à ses concurrents en s'assurant des droits
de brevets, même - et surtout - si l'on a pas l'intention de les
exploiter dans l'immédiat. On bloque les "points de passage obligés"
que devraient emprunter les concurrents. Exemple : la fabrication d'un
produit intermédiaire indispensable pour obtenir un produit fini
, un médicament, par ex.
Quelques
conseils...
Compte-tenu du coût des brevets, (voir
cette rubrique), il faut être très sélectif pour choisir
les pays dans lesquels on déposera des brevets. Pour cela, il faut
connaître les conditions économiques de chaque pays à
moyen terme, y compris la position de la concurrence et les pratiques,
pas toujours rigoureuses, des Offices de brevets de certains pays.
Ne
jouez pas avec le feu ! Il faut toujours assurer sa liberté
d'exploitation avant toute mise en route d'une fabrication .
Il ne faut pas se mettre délibérément en position
de contrefacteur, à moins d'avoir de très bons arguments
et de très, très bons avocats. Sinon, on peut y laisser sa peau.